Quel avenir pour UCLouvain ?

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CE QUI SUIT N’ENGAGE PAS LES SIGNATAIRES DE L’APPEL. Les réponses ci-dessous tentent d’éclairer le lecteur de l’appel sur le sens de la démarche de ses initiateurs.


1. Quelle est notre vision de l’université catholique ?


Pour nous, elle n’est naturellement pas le lieu où ne travaillent et se forment que des catholiques. Nous désirons que notre université puisse offrir un espace d’accueil et d’ouverture au sein duquel chacun se sente pleinement accepté et intégré. L’université catholique n’est pas non plus un lieu d’enseignement et de recherche sous le contrôle de l’Eglise catholique. Une université, fût-elle catholique, où il n’y aurait pas de réelle liberté académique se viderait de sa raison d’être. Une université catholique doit se laisser interpeller par le vécu et les appels du monde, mais ses membres sont en plus invités à se laisser interpeller par le vécu des plus faibles et par la vie du Christ. Il s’agit d’une invitation et d’un appel, chacun étant renvoyé à sa liberté et à sa conscience. L’université catholique est aussi une chance pour l’Eglise car elle peut l’aider à comprendre le monde. Son ancrage dans la tradition catholique peut être créateur de débats sur des questions fondamentales.


2. Qu’est-ce que « catholique » veut dire ?


Le mot « catholique » signifie étymologiquement « universel ». C’est encore le sens que nous voulons donner à ce mot. Viser une dimension universelle requiert une ouverture à l’autre, à celui qui pense différemment. Notre université doit donc rester un lieu de débat où l’ensemble des points de vue, la diversité des opinions doivent pouvoir se faire entendre. Jésus lui-même ne constituait-il pas ce formidable exemple d’ouverture à chacun ?


3. Pourquoi afficher dans un nom notre lien avec le Catholicisme?


L’attachement au qualificatif catholique (ou à une autre marque de ce lien) ne trouve pas sa justification dans des raisons d’abord juridiques (le statut de 1911), ni dans un attachement affectif à une tradition. Il est pour nous acquis que le qualificatif catholique est un appel exigeant à demeurer en éveil dans le concret de nos pratiques d’enseignement, de recherche et de service à la société. Cet éveil se manifeste en particulier dans l’attention aux cris du monde dans nos choix de recherche, le souci du dialogue entre sciences et spiritualités, le souci de l’accueil de personnes d’horizons philosophiques et culturels divers, la préoccupation sociale et d’engagement notamment dans la vie étudiante, la conviction qu’une formation universitaire gagne à laisser une place à un questionnement spirituel et éthique, le respect dans toutes les relations interpersonnelles. Nous ne prétendons pas que cet appel à l’éveil soit l’apanage des catholiques ou plus largement des chrétiens. Nous constatons cependant que cet éveil est un arrachement quotidien, qu’il est sans cesse menacé et que les quatre universités sont au fil du temps restées ouvertes à cet appel concret. Affirmer le qualificatif catholique nous invite donc, comme individu et comme institution, à un dépassement perpétuel.


4. Une charte ne suffirait-elle pas ?


Les quatre universités ont actuellement d’une manière ou d’une autre une référence chrétienne dans leur nom. Renoncer aujourd’hui au qualificatif catholique serait poser un acte significatif. Cet acte porte en lui une menace. Il y a en effet le risque de démanteler pas à pas les lieux et les efforts, si timides ou imparfaits soient-ils, qui tentent de donner vie à cet appel à demeurer en éveil (cfr. question 3). À titre d’exemples, la prise de recul éthique et anthropologique dans l’enseignement et la recherche sont concernés, tout comme le soutien financier de l’université à des domaines de recherche, les lieux de débat entre science et foi, les soirées interspiritualités pour les étudiants.

Une charte, ou un texte fondateur, est ici très utile. Elle peut cependant assez aisément tomber en désuétude. Outre qu’il est cohérent de signifier les options dans un nom, celui-ci est un rappel, un aiguillon visible. Il n’est évidemment pas une protection sans faille : il peut néanmoins être invoqué par tout qui estimerait un jour que la nouvelle université cesse de demeurer en éveil (cfr. question 3).


5. Les actes ne valent-ils pas plus que le nom ?


Nous sommes convaincus qu’on reconnaît un chrétien à ses actes plutôt qu’à l’étiquette qu’il affiche. Il en va de même d’une université. Une appellation peut perdre toute signification si des attitudes concrètes et bien réelles ne lui font pas écho. Cela nous semble évident.

Nous pensons toutefois qu’un nom n’est pas anodin. Plus particulièrement, la référence chrétienne est un aiguillon qui invite librement chaque membre de l’université à se laisser inspirer jour après jour par les valeurs évangéliques. La référence catholique est une sorte de rappel qui permet d’éclairer nos actes et de les placer sous la lumière de l’Evangile. Pour le monde extérieur, il permet aussi de définir notre institution et l’esprit qui l’anime.


6. « Catholique » ne nous défavorise-t-il pas à l’étranger ou sur le plan national ?


Le qualificatif catholique laisse rarement indifférent dans le monde qui nous entoure. Il est attractif pour certains étudiants et chercheurs, une cause de méfiance pour d’autres. Où penche la balance ? Il nous paraît difficile de trancher. De plus, nous avons la possibilité d’affirmer plus activement notre volonté d’ouverture et d’accueil et notre liberté de pensée. Enfin, notre attractivité dépend bien plus de la qualité de notre enseignement et de notre recherche. Là aussi nous sommes invités au dépassement.


7. Cette étiquette se justifie-t-elle encore au vu de la déconfessionnalisation des membres de l’université ?


Pour ceux et celles qui sont opposés à toute référence chrétienne pour des raisons idéologiques, nous savons qu’il n’y aura probablement pas d’argument rationnel pour les faire changer d’avis et nous respectons leur choix, tout en les mettant en garde de ne pas faire du rejet de l’Evangile ou du catholicisme leur religion.

A ceux et celles qui adhèrent à d’autres religions, nous indiquons notre souci de leur accueil. Celui-ci est réel et ne consiste pas à renvoyer leurs convictions et pratiques religieuses à la vie privée. Un signe existant de la réalité de cet accueil n’est-il pas la présence d’une mosquée sur plusieurs sites des universités actuelles ?

Pour ceux et celles qui dans nos quatre universités ressentent un malaise face à cette étiquette « catholique », nous souhaitons dire simplement que la référence chrétienne dans le nom de l’Université a de l’importance. Même si l’Université n’en sera sans doute jamais digne, elle est un signe que, pour nous, les valeurs évangéliques sont un trésor qui nous inspire, nous interpelle et nous met en marche pour faire de notre société un monde meilleur. Cette référence pourra aussi être un garde-fou contre toutes les tendances à réduire l’Université à un agent de « commerce du savoir ». Pouvons-nous, en conscience, renoncer à un trésor ou le cacher pour préserver ou améliorer hypothétiquement notre image ?


8. Quel lien avec l’Eglise institutionnelle ?


Le maintien d’un nom associé au christianisme s’accompagne à nos yeux de la liberté académique. Celle-ci est un garant pour l’Eglise elle-même. En effet, cette liberté est nécessaire pour contribuer à la compréhension du monde.

Le maintien d’un nom associé au christianisme laisse largement ouverte la question du rôle de l’Eglise dans les structures de l’université.



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